En bref
Parti de rien, j'ai gagné beaucoup en crypto, puis j'ai tout reperdu, plus d'un million d'euros. Pendant des années, j'ai confondu ce que je valais avec ce que je possédais, et je visais 10 millions d'euros à 28 ans. Mon échec n'a pas été de rater ce chiffre. Il a été de le prendre comme seule mesure. Aujourd'hui, j'investis en startup avec trois autres questions, et sur un temps long que je ne peux pas regarder toutes les heures.
Parti de rien, puis tout reperdu
Je suis parti de rien. En deux ans, j'ai vu mon compte grimper bien au delà de ce que j'imaginais, jusqu'à plus d'un million d'euros. Puis j'ai tout reperdu.
Je raconte souvent la deuxième partie, parce que c'est celle qui m'a appris quelque chose. Monter vite, quand le marché monte avec toi, ça ne demande pas beaucoup de méthode. Tout perdre, en revanche, t'oblige à regarder en face la façon dont tu prends tes décisions.
Et ce que j'ai vu ne m'a pas plu. Je n'avais pas de plan. J'avais un chiffre en tête, et je réagissais à l'écran.
Le vrai problème : je m'identifiais à mon patrimoine
Le plus dur à expliquer, ce n'est pas la perte. C'est ce qu'elle faisait dans ma tête bien avant d'arriver.
Quand tout était vert, j'allais bien. Quand ça baissait, je me sentais minable. Mon humeur de la journée dépendait d'une courbe que je ne contrôlais pas. Ça ne se voyait pas de l'extérieur. Autour de moi, personne ne savait. Mais ça décidait de tout : mes choix, mon énergie, la manière dont je parlais aux gens.
Je crois que beaucoup d'investisseurs vivent ça sans le dire. Tu ouvres ton application dix fois par jour, tu te sens intelligent quand ça monte et nul quand ça descend. Le problème n'est pas le marché. Le problème, c'est de laisser un chiffre te dire qui tu es.
10 millions à 28 ans : un objectif pour prouver, pas pour vivre
À l'époque, je m'étais fixé un objectif précis : 10 millions d'euros à 28 ans.
Avec le recul, je sais pourquoi ce chiffre ne tenait pas. Je ne le visais pas pour en faire quelque chose. Je n'avais aucun projet derrière, aucune idée de la vie que cet argent devait permettre. Je le visais pour prouver quelque chose, aux autres et surtout à moi.
Un objectif qui sert à prouver n'a pas de fin. Tu l'atteins, tu en fixes un autre. Tu le rates, tu te sens nul. Dans les deux cas, il pousse à prendre plus de risques que ce que tu devrais, parce que tu n'investis plus pour construire, tu investis pour te rassurer.
Le déclic : une retraite, presque par hasard
J'ai fait une retraite après une année compliquée. Je n'y allais pas pour réfléchir à mon argent. J'y allais parce que j'avais besoin de souffler.
J'en suis sorti en comptant autrement. Pas du jour au lendemain, et pas avec une grande révélation. Simplement, en prenant de la distance, j'ai vu que je jugeais chaque décision avec un seul chiffre, et que ce chiffre ne me disait rien de ce qui comptait vraiment pour moi.
Les trois questions qui ont remplacé le chiffre
Aujourd'hui, avant de m'engager dans un investissement, je ne me demande plus d'abord combien il peut me rapporter. Je me pose trois questions :
Le temps que ça me prend vraiment
Analyser un dossier, rencontrer un fondateur, lire les reportings. Si je n'ai pas ce temps, je ne fais pas l'investissement, même s'il me plaît.
Les gens que ça met sur ma route
J'investis sur l'humain. Un fondateur avec qui je peux parler franchement m'apprend plus qu'un bon tableau de chiffres.
Ce que ça construit dans dix ans
Pas ce que ça vaut demain matin. Ce que ça ajoute à mon patrimoine, à mes connaissances et à mon réseau sur une longue période.
Ces trois questions ne remplacent pas l'analyse d'une startup. Elles passent avant. Elles m'évitent de dire oui à un dossier pour de mauvaises raisons.
Ce que ça donne dans mon portefeuille de startups
J'ai aujourd'hui 39 startups en portefeuille. Ce que j'en retire ne se résume pas à une valeur sur un écran. C'est 39 façons de penser, des reportings qui arrivent chaque mois, et un réseau qui ouvre des portes que l'argent seul n'ouvre pas.
C'est aussi un patrimoine que je ne peux pas regarder toutes les heures. Il n'y a pas de cours qui bouge en direct. Et c'est tant mieux. Je ne peux plus laisser une courbe décider de mon humeur, parce qu'il n'y a plus de courbe.
L'échec, ce n'était pas de rater le chiffre. C'était de l'avoir pris comme seule mesure de ce que je valais.
Le temps long, ce que personne n'aime entendre
En startup, on parle souvent de 5 à 7 ans avant une sortie. C'est un repère du marché, pas une règle. Certaines se revendent plus tôt, d'autres beaucoup plus tard, et certaines ferment. Si elle ferme, l'argent que tu y as mis peut être perdu en totalité.
J'ai commencé à investir en startup il y a environ six ans. Cette année, deux startups de mon portefeuille ont été revendues. Je le dis pour montrer le temps que ça prend, pas pour te faire une promesse : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Le temps long a un avantage que j'ai mis des années à voir. Il t'oblige à décider à l'avance. Combien tu mets par an, sur combien de startups, et quelle somme dans chacune. Tu ne peux pas corriger une erreur en revendant le lendemain, alors tu apprends à réfléchir avant. Si tu veux comprendre ce que tu risques vraiment avant ton premier ticket, j'ai réuni l'essentiel dans les risques d'investir en startup.
Dans cette vidéo, je raconte cet échec plus en détail :
Ce que je te dirais si tu commences
- Ne laisse pas un chiffre te dire ce que tu vaux. Ton patrimoine est un outil, pas une note.
- Fixe des objectifs qui servent à quelque chose. Un projet de vie, une enveloppe, une durée. Pas une somme pour prouver.
- Ne mets en startup que de l'argent qui peut dormir. Plusieurs années, sans que tu en aies besoin.
- Écris ton plan avant de voir les dossiers. C'est ce qui te protège de tes propres emballements.
Si tu veux savoir où tu en es avant de commencer, tu peux faire le test investisseur. Quelques minutes, et tu sais quel point travailler en premier.


